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19 octobre 2014

Algérie :: Est-ce que ce monde est sérieux ?!

S'assoir ici, sur cette chaise délabrée, sous la hogra du soleil. Se couvrir de la clémence de ce noyer et observer ces millefeuilles de valons plantés de chaines et d'oliviers glisser de tribord et de bâbord. Voir, au loin, entre ces montagnes, ce décolleté de plaines qui vont scintiller ce soir pour imiter la voie lactée. Regarder ces montagnes et se rappeler du meurtre de Hervé Gourdel salir cette paisible Kabylie....


Se rendre à Tizi, avec ses voitures innombrables, ses vacarmes incessants, voir sa poussière de partout entacher chaque arbre inconsidéré, voir ce tout inachevé et bétonné. Voir et entendre ces adolescents sortir de leurs lycées pleins de mondes féériques, voir des bambins baragouiner du français, et voir leurs parents se lamenter de l'avenir de ces derniers. Voir, incrédule, ces nouveaux réfugiés, ces syriennes à burqas noires avec leurs bébés mendier en pleine Berbérie. Ajouter leur arrivée ici à la cohérente stratégie de ceux qui veulent et œuvrent à nuire à cette Kabylie.

Se rappeler de ces femmes maudire leur village à cette époque même où l’internet et la 3G y sont arrivés. Voir ces autres femmes venues des montagnes et fraichement immigrées à Tizi, habillées en robes traditionnelles, élire quartier dans un jardin improvisé et transformé en Tadjmaât de femmes.

Voir tout le monde courir à l’antre de la modernité et se plaindre de celle-ci. Voir tous ces mélangeurs craindre et détester le melting-pot.

Ecouter chacun se morfondre et raconter l'impossible. Voir tout se faire et se défaire par mimétisme désordonné. 

Voir tous ces jeunes raconter mille succès, ces histoires de petites gens devenus des fortunes. Voir les emplois se distribuer par maârifa (piston) ou s’acheter par millions de dinars. Entendre des jeunes confirmer que l’Etat achète leur paix par de faux crédits. Les entendre dénoncer tout cela et constater le silence plat, mis à part l’assourdissant vrombissement des camions et des voitures asiatiques qui remplissent les routes… à coup de subventions déguisées.

Ecouter ces citoyens qui ont tous des solutions pour redresser le pays mais qui ne trouvent dans celui-ci aucun plaisir, aucun désir. 


Entendre de la bouche des anciens (quinquagénaires et plus âgés) que ce peuple ne mérite qu'un militaire à sa tête. Entendre des murmures de certains un doute ; le doute que si la France était restée, le sort de cette Algérie aurait été meilleur.
Voir ces hommes de 50 ans terrifiés par ces manifestations de policiers. Voir les chaînes de télé, internationales y compris, dire qu'il s'agit d'une grogne sur les conditions de vie et comprendre, par les gens qui savent, qu'il ne s'agit que d'une lutte de pouvoir, et de manipulations à grande échelle...

Entendre de ceux qui vivent ici, ceux qui savent, que personne ne peut savoir où va ce pays, qu'il peut s'embraser d'un rien, que son peuple est sous perfusion. Les entendre palabrer sur un Président invisible, mort ou mort-vivant, et un pouvoir omniprésent et omniscient. Les voir vivre une vie post orwellienne, Big Brother sans caméras. 


Entendre ces mêmes anciens dire la beauté de ce pays, confirmer la largesse de ses richesses, et maudire l’inaction des jeunes, et, disent-ils, l’inanité de leur existence. Et… et ne jamais les entendre, eux les anciens, dire qu’eux aussi, eux les premiers, ont laissé filer ces richesses aux mains de ceux qui l’ont massacré durant les années 1970, 1980 et 1990. Entendre de leurs bouches l’héroïsme de ceux qui l’ont libéré, et vouloir leur rappeler que ce sont eux qui en ont hérité les premiers espoirs mais qu’ils n’avaient pas, eux non plus, comme ces jeunes qu’ils fustigent aujourd’hui, su défendre le fruit de cette liberté, qu’ils ne se sont pas soulevés plus de trois fois afin de ne jamais laisser ces crocodiles en faire ce qu’ils en ont fait !

Entendre tout un chacun se morfondre de tout et se complaire de sa propre existence. Ne jamais entendre d’auto critique. Et si nous nous posions une seule question : « Et nous, qu’avons nous fait ?! » Et nous y apportions une seule réponse : « Rien. Rien que nous puissions opposer à nos cadets, qu’importe l’héritage reçu de nos ainés. »

Comme dirait l’autre, chaque époque a son bon vieux temps ; tout vieux a son jeune à maudire, tout jeune a son ainé à blâmer ; chaque duchesse à ses mouchoirs pour s’essuyer…


Entendre de la bouche de ceux-là même qui savent que ceux qui tiennent ce Pouvoir peuvent faire ce qu'ils veulent de ce pays, comprendre le pire de ce qu'ils peuvent, y compris faire rejaillir les bombes où ils veulent, créer une guerre civile quand ils le veulent... Et voir le peuple faire semblant de ne pas comprendre...


Entendre, chaque soir, dans chaque journal télévisé, rabâcher des mots et des discours souillés : « La Révolutions du 1er Novembre 1954 », « Fierté algérienne de ses moudjahidines », « Son altesse le Président de la République », « Ministre des affaires religieuses »…
Avoir envie de vomir. Vouloir devenir sourd. Vouloir que cette télé explose et que personne ne puisse la voir ni l’entendre.


Repenser une nouvelle fois à ce faux imam du village qui s’était égosillé à me réveiller chaque matin bien avant l’aube. Me rappeler de ce minaret nouvellement construit au village, des querelles de religieux de nouvelle date se faisant concurrence sur une piété religieuse imbibée de fuel et de fiel politique au fin fond de la Kabylie. Et leur opposer, avec dépit et déchirement, la discrétion de la foi de mon grand père, encore vivant à 95 ans.


Partir à Alger, le centre nerveux du pays, lieu de concentration de toutes les contradictions. Penser à cette cinquantaine d'hommes d'affaires qui était dans le même avion qui m'a ramené jusqu'ici : me demander s’ils sont une chance pour le pays où s’ils y viennent voler ses milliards.

Penser à cette capitale bouillonnante de projets en devenir et à ce gigantisme inutile de sa mosquée en construction, la future plus grande mosquée d'Afrique.

Repenser, pour la centième fois, à l'Ecole de cette fausse République qui se démène depuis des décennies à fabriquer des arabes plus arabes que les Cheikh d’Arabie et des néo musulmans déconscientisés. Me rappeler de mon professeur de français du lycée qualifiant, en 1996, l’Ecole Fondamentale d’Ecole Faoudhamentale (néologisme signifiant « allant créer l’anarchie »).
Voir, en 2014, des parents résistants constituer des associations pour que leurs enfants étudient le programme du CNED quitte à les déscolariser en les retirant de l’éducation nationale.


Voir d’un coté ces autoroutes, travaux d'Hercule, traverser le pays et de l’autre tout le retard accumulé par le celui-ci se transformer en affaires à milliards aux mains d’oligarques invisibles et aux ventres ronds, qui se sont reproduits et engendré des businessmen plus aguerris que les banquiers de Wall Street.

Et vouloir crier à ce qui reste de ce Peuple d’Algérie que ces gens ne sont pas des ânes contrairement à ce qu’ont cru nos ainés : s’ils sont vils, leurs ainés ont soigneusement et minutieusement tout orchestré et leurs cadets ont brillamment tout transformé pour que rien ne leur soit repris. Ils sont, leurs ancêtres, leurs ainés et leurs cadets, les marionnettistes, et nous ne sommes que leurs jouets. Nous ne voyons ni les fils par lesquels ils nous tiennent, ni ne savons à quel point ils sont géants. Nous doutons à peine que, derrière nos mouvements incontrôlés et nos quotidiens entremêlés, des mains d’Hercules pourraient exister.


Ecouter sans l’avoir voulu, sur une route de campagne de Kabylie, le refrain de La Corrida de Francis Cabrel : « Est-ce que ce monde est sérieux ?! ». Penser à ce pays, à ses délires, à son quotidien, à son avenir, à son Peuple et à ses Rois. Penser que nous sommes les taureaux et qu'ils sont les toreros.

Se résigner une minute, refuser la résignation l'instant d'après. Vouloir abandonner un instant mais continuer de se battre la minute d’après.


05 octobre 2014

Extrait N°3 :: La désintégration (Malaises français, défis algériens)

Extrait du Chapitre 1 : Un malaise avec les étrangers - La désintégration

Un amalgame est ancré dans nos mécanismes de pensées et d’action : il y a des citoyens français et des citoyens français d’origine étrangère. Les peurs des uns complètent les malchances des autres et nous nous retrouvons à ressasser de mauvaises questions auxquelles nous pensons tous avoir de bonnes réponses.


Extrait du Chapitre 1 : Un malaise avec les étrangers - Nationalités et schizophrènes imaginaires

Il devient nécessaire, sur ces sujets, de mettre un point d’ancrage, de revendiquer, sans fléchir, une position claire et stable: les cultures venues d’ailleurs ne menacent pas l’identité française, mieux que ça, elles l’enrichissent, à condition de les aborder de façon non exclusive, non invasive. Etre de deux nationalités, quelles qu’elles soient, être multiple, n’est pas un déchirement mais une adhésion, une construction. Et les premiers à le revendiquer comme tel doivent être, d’une voix haute et audible, les étrangers résidents de façon permanente en France, qu’ils aient acquis ou non la nationalité française.
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28 septembre 2014

Extrait N°2 :: Le Français versus l'Autre (Malaises français, défis algériens)

Extrait du Chapitre 1 : Un malaise avec les étrangers - Droit du sol et glissements politiques

Une des grandeurs de la France réside dans le fait que « au fond, tout étranger est un Français en puissance*. » Reste que cette affirmation perd tout son sens dans la politique moderne où il faut répondre vite, instantanément et en se basant sur l’opinion du peuple, souvent craintive, dans une perspective électoraliste. 

(* Frédéric Ferney, Éloge de la France immobile, Ed. Bourin Julliard, 1994)



Extrait du Chapitre 1 : Un malaise avec les étrangers - La tentative Eva Joly

Le malaise sur cette question de l’autre s’est malheureusement illustré dans une affaire des plus symboliques : celle d’Eva Joly quand elle s’était présentée à l’élection présidentielle de 2012.

Cette affaire nous a fait comprendre que la France n’avait pas seulement un problème avec les étrangers issus de ses anciennes colonies (comme on pourrait largement le soupçonner au quotidien) mais elle a un problème, un malaise avec l’autre en tant qu’être n’émanant pas d’elle- même. Cet autre est celui qui n’est pas exclusivement français, c’est-à-dire, ayant renié totalement son passé ou sa culture non hexagonale.

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26 septembre 2014

Société :: Musulmans de France et communautarisme officiel

Qui peut dire que l’assassinat de Hervé Gourdel n’est pas un meurtre barbare? Personne, sauf un barbare.


Les Musulmans de France, du moins tous ceux qui acceptent d’être dans cette catégorie, sont les dindons de la farce dans tous les moments dramatiques liés de près ou de loin à l'islam. Dès qu’un petit voyou (sur le visage duquel se voit une appartenance à la communauté musulmane) exprime sa bêtise, ils sont priés de faire une déclaration de condamnation. Quand il y a un acte de terrorisme effectué par un musulman (Merah, Nemmouche, assassinat de Hervé Gourdel), les Musulmans de France se précipitent, en même temps que les médias braquent leurs projecteurs sur eux, de lever les mains en l’air en disant : « ce n’est pas nous !». Chers compatriotes, en agissant de la sorte, vous commettez deux erreurs fondamentales:

1- Vous vous inscrivez, dans cette société française comme une catégorie particulière. Vous vous désignez comme tels. Comment attendez-vous donc que vous ne soyez pas traités comme tels, c’est-à-dire, comme une catégorie particulière? Vous acceptez donc qu’on vous désigne du doigt, qu’on pointe votre responsabilité, à tort ou à raison, sur tel ou tel fait, qu’on parle de vous comme un groupe qui s’imbrique bien ou mal à telle ou telle valeur de la République etc.

2- En exprimant officiellement votre indignation comme « Musulmans de France" (ou, plus généralement, "Musulmans d’Occident» (par le biais de vos institutions représentatives ou par des rassemblements, voire même par une campagne publicitaire réussie (cf. campagne #Notinmyname)), vous laissez, en réalité, l’impression inverse: vous laissez le doute planer sur une possibilité d’amalgame! Comme si, comme catégorie particulière, il fallait vous justifier à chaque acte commis par un quelconque terroriste ou voyou se disant être musulman.


La catégorie « Musulmans de France » est donc une invention maligne pour que vous ne soyez jamais des citoyens ordinaires: quand vous vous élevez pour une cause noble, on vous dira que vous faites du communautarisme et si jamais vous deviez vous taire lors d’un acte horrible, on vous dira que vous n’êtes pas à la hauteur des valeurs de la France. Votre tort est donc d’avoir accepté qu’on vous colle cette étiquette de « Musulmans de France ». 

C’est également le meilleur moyen de gommer vos hétérogénéités: 
- sociale: le musulman de France vivant sous le seuil de pauvreté sera mis dans le même sac que celui d’une classe moyenne supérieure
- culturelle: le musulman de France préférant la musique classique sera mis dans une généralité absurde de ceux écoutant Khaled et Faudel
- spirituelle: un musulman de France adepte de soufisme sera invisible dans l’amas du bloc imaginaire des musulmans pratiquant un islam rigide et homogène, sans parler des musulmans non pratiquants et encore moins de ceux qui sont étiquetés musulmans alors qu’ils sont tout bonnement agnostics ou athées
- et, enfin et notamment, politique: alors que le destin de la France et de tous les Français se joue sur un débat d’idées, d’orientations et d’actes politiques impactant et structurant l’avenir de chacun, par un positionnement de gauche à droite le plus large possible, un musulman de France sera toujours considéré comme « musulman vivant en France ». Pire, qui peut nier qu’il y a des musulmans au Front National, ou au Front de Gauche? Pourtant, lors d’évènement importants (comme ceux cités ci-dessus), alors que le pays parle au nom du Peuple Français, les musulmans de France sont tout de même sollicités et attendus pour s’exprimer « comme catégorie particulière »!


Et je vais enfoncer le clou, au nom de quoi un musulman de France est-il plus musulman qu’un musulman d’Afghanistan, un taliban fondamentaliste, un musulman d’Arabie Saoudite, un cheikh Wahabiste etc.? Rien. Rien sinon une interprétation de la religion, une philosophie d’intégration de la religion dans la vie. Autrement, rien ni personne ne peut enlever à un musulman rigoriste ou fondamentaliste sa revendication d’être musulman. Autrement dit, et contrairement à l’idée sous jacente à celle de la catégorie « Musulmans de France », ce n’est pas l’appartenance au pays France qui importe (qui confère aux musulmans de France une quelconque spécificité) mais l’adhésion à un corpus d’idées, de philosophies de vie, d’acceptations de règles sociales et sociétales. Autrement dit, leurs valeurs françaises ou plus largement occidentales.

Ce que vous avez oublié, et là où vous vous êtes faits avoir, c’est que l’exception française est censée être dans sa conception du citoyen. Vous êtes citoyens de ce pays, point à la ligne. De là découlent vos droits et vos devoirs. Si vous êtes émus, vous l’êtes comme être humains. Vous n’avez pas à vous justifiez.


Chers compatriotes, bien heureusement, ce n’est que « la religion » qui vous lie à ces barbares et aux voyous d’hier et de demain, les valeurs humaines vous séparent d'eux! Eux sont fanatiques et barbares, vous, vous êtes citoyens et républicains. Vous n’avez donc pas à vous justifiez. Vous n’avez pas à montrer patte blanche afin qu’on reconnaisse que votre islam est propre. Vous n’avez pas à vous soumettre à tous ces idéologues qui font de vous des citoyens d’une catégorie particulière.

Citoyens, donc, rien de plus, rien de moins. Et rien de mieux que ça. 

« Musulmans de France » est donc bien une catégorie inventée pour aliéner la pensée et les actes de ceux qui sont dedans tout autant que ceux qui sont en dehors d’elle. Pourtant, ça partait d’une bonne intention, mais il est dit que le diable se cache dans les détails.

Par conséquent, manifester sous l’étiquette « Musulmans de France » revient à soutenir cette forme de ségrégation sociale moderne. Sauf qu’il n’y a aucune modernité dans aucune forme de ségrégation. Et, bien entendu, le premier représentant et continuateur de cette pensée « communautariste » est le recteur de la mosquée Paris, M. Boubakeur, quand bien même il soit habillé en costume cravate et que les médias donnent le meilleur des échos à ses démarches et discours.




20 septembre 2014

Extrait N°1 :: L'enfer c'est les autres (Malaises français, défis algériens)

Extrait du Chapitre 1 : Un malaise avec les étrangers - Introduction


Il est seulement nécessaire, en cette période floue, de réfléchir, de dépassionner , de faire entendre des voix différentes, à ce qu’est entrain de devenir notre rapport à l’autre et que ceci s’inscrive dans les inexorables difficultés auxquelles fait face la France comme ses pays voisins. Et, aussi, parce qu’il y a matière à penser qu’un homme ou une société, face à ses difficultés, se cherche des alibis, des explications, des coupables et que, souvent, l’autre, l’étranger (qu’il soit ici ou ailleurs, d’ici ou d’ailleurs) est à la fois alibi crédible, une explication récurrente, en somme un coupable bien trouvé. « L’enfer, c’est les autres » disait Jean-Paul Sartre.
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