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09 novembre 2013

Politique :: Le Maroc, l'Algérie et le bien nommé Sahara Occidental

Sur fond d'une nouvelle crisette diplomatique entre le Maroc et l'Algérie...

Carcasse empoisonnée de la présence des pays européens (France et Espagne en particulier) aux 19e et 20e siècles, le Sahara Occidental offre aux dirigeants des deux pays, le Maroc et l'Algérie, le venin par lequel ils endorment leurs peuples en les galvanisant de relents nationalistes. "Vivent les Rois", crient ces peuples dupés, qu'ils soient élus démocratiquement ou imposés héréditairement !

Y a-t-il un doute quelconque?

L'Algérie a tout intérêt à ce que le Sahara Occidental soit indépendant. Cela l'avantagera économiquement et diplomatiquement que tant qu'il reste sous le contrôle, même restreint, du Maroc.

Le Maroc a tout intérêt à garder le contrôle, même restreint, du Sahara Occidental, exactement pour les mêmes raisons que l'Algérie. Il y a un intérêt plus important: disposer pleinement de ressources naturelles comparables à celles dont dispose l'Algérie actuellement. 

Existe-t-il un pays qui renonce à une partie de son territoire "de bonne volonté"?

Le Royaume-Uni et l'Espagne se battent pour 3 centimètres carrés à Gibraltar. Le même Royaume Unis refuse de lâcher les Iles Malouines (Amérique Latine).. Si si, nous sommes au 21e siècle. La France ne lâchera pour rien au Monde ses territoires d'Outre Mer bien qu'ils n'aient, de facto, rien de français sinon le drapeau (je parle du tissu…). Les Etats Unis d'Amérique ont étendu, indirectement, leur territoire en sécurisant leurs approvisionnements en pétrole et gaz, quitte à mener des guerres atroces. La Russie emploie tous les moyens pour que les ex républiques de l'URSS restent à ses bottes, là aussi y compris en menant des guerres totales.

Tout comme ça l'était pour Saddam Hussein (bien que son projet était bien plus large idéologiquement que la simple appropriation des ressources du Koweït). N'est-ce pas le cas des colonies israéliennes qui font fondre comme neige le territoire palestinien? Avec, sans doute, un fond biblique… Chut, il ne faut pas en parler ainsi, sujet également explosif qui nécessite une bonne dose de "garantir la sécurité d'Israël" dans le texte.

A contrario, la Corée du Sud ou le Japon n'ont pas étendu leurs territoires géographiques et ne disposent pas de ressources naturelles. Ils ont tout de même contribué fortement à façonner le visage du Monde ces dernières décennies. 

Partout dans le Monde, les faits montrent chaque jour que la fin (la même pour tous les pays) justifie les moyen. C'est aussi vrai pour le Maroc et l'Algérie. 

Auto détermination

L'Algérie a connu une histoire particulière avec la France et ce mot "autodétermination" a été fondamental dans sa lutte de libération. S'il est utilisé comme argument, qui peut être qualifié de politicien du coté marocain, il demeure qu'il a un sens profond pour chaque peuple quel qu'il soit. Un sens profond, pourtant reconnu de longue date même au sein de l'ONU. Une nouvelle fois, cette ONU fantôme...


La notion de territoire

Le Maroc revendique le Sahara Occidental comme faisant partie de son territoire. L'Algérie affirme le contraire. Et puis, soyons sérieux, les frontières africaines sont si bien dessinées qu'il est facile de reconnaitre les architectes européens. Par conséquent, tel territoire appartient à l'Algérie, tel autre au Maroc… Foutaises d'Histoire. La seule question qui se pose géographiquement est: à partir de quelle date considère-t-on les frontières. 
Pour les plus récalcitrants, rappelons qu'il y a quelques petits siècles il n'y avait ni Maroc ni Algérie…

Du pareil au même

Hier, le Roi du Maroc a fait une allocution pour galvaniser ses sujets en tapant sur l'Algérie, évoquant les Droits de l'Homme, en représailles au président Algérien qui a fait de même. Ils sont chiants enfin !

Et puis, il y a les brebis égarées: les sujets, les citoyens. Ils s'agitent dès que leur fibre patriotique est caressée, s'emballent et répètent ce que leurs castrateurs de gouverneurs leurs assènent à longueur de discours proprement orchestrés dans les écoles endoctrinantes et les médias endoctrinés.

Droits de l'Homme en Algérie et au Maroc dites-vous? Les femmes y sont sous tutelle, elles sont moins instruites que les hommes; les taux de chômage sont extrêmement élevés ce qui accentue fortement l'autonomie des personnes, tout comme les écarts de revenus. La liberté religieuse, la liberté de conscience n'y sont pas respectées, des hommes ou femmes homosexuels y sont lynchés, la liberté de la presse y est plus que limitée, le vote démocratique n'y a pas de valeur, les institutions et administrations judiciaires y sont corrompues instituant, de fait, des inégalités de droits. Les niveaux de l'éducation y sont les plus bas du monde, tout comme l'accès aux soins… sauf aux Rois et Gouverneurs des deux pays!

Les Droits de l'Homme, le Roi, le Président agonisant, la Nation, non, vraiment, tout ça est chiant et pathétique.


Quelques vaines conclusions:

Il y a tout à penser que le Sahara Occidental est le seul frein à l'émergence d'une puissance nord Africaine avec des poids équilibrés, complémentaires, face à une Union Européenne géante: une main de fer dans un gant de velours. 

Autodétermination: Y compris l'Espagne arrivera très probablement à se poser cette question au sujet de la Catalogne. De Gaulle, grand homme politique, surtout pour la France, a posé cette question au sujet de l'Algérie. N'est-il pas un minimum raisonnable d'envisager la question au sujet du Sahara Occidental sans que cela ne soit considéré comme motif de guérilla verbale (pour l'instant), ni comme offense au Roi ou à ses sujets? … C'est bien de l'idée d'une vision éclairée dont il s'agit.

Le patriotisme a un synonyme non référencé dans des dictionnaires: Bouton d'acné. Il est rempli de pus et détourne l'attention sur l'essentiel. 

Une correction est nécessaire: la fin explique les moyens. Elle ne les justifie pas. Autrement dit, le choix des moyens, y compris de la puissance économique ou diplomatique peut passer par autre chose que des comportements post colonialistes… qui ne font surtout pas l'intérêt des premiers et même des seuls concernés: les peuples.

Une nouvelle fois, y a-t-il un quelconque doute sur cette histoire du Sahara Occidental?

27 octobre 2013

Société :: Un acte de foi

"L'époque actuelle constitue un des moments critiques où la pensée humaine est en voie de transformation." Gustave Le Bon, Psychologie des foules, 1895.

La pensée humaine n’a jamais cessé, heureusement, de se transformer. Ce sur quoi nous devons nous interroger sont les conséquences et les modes de cette transformation.

Des dizaines d'articles et de commentaires soulignent, depuis quelques années, l'agonie de la "presse", comprenez de la presse traditionnelle à laquelle nous sommes habitués : ces journaux, quotidiens imprimés en des dizaines de milliers d’exemplaires. Ce qui n’est pas dit avec insistance est que ce mouvement s’inscrit dans un autre, plus global, que l’on peut qualifier de consommation jetable des médias. Nous sommes dans l’ère du jetable, toute chose y passe, y compris l’information.

Sans chercher qui de la poule ou de l’œuf est à l’origine (i.e. des médias ou de leur mode de consommation), il est évident de constater que le modèle économique des diffuseurs de l’information a changé. Il en résulte, comme tout médiocre observateur peut le souligner, des pertes d’emploi qui coïncident avec une internetisation des contenus (explosion de la quantité de l’information), sensés éclairer les lecteurs, les citoyens dirons-nous, sur leur cité et sur le monde.

Soit. Mais au delà de ces banalités avec lesquels on nous gargarise à tout va, il est stupéfiant que ces citoyens, y compris les centaines de milliers de super diplômés qui sortent de nos écoles et universités, ne fassent pas l’esquisse d’une analyse qui commencerait par une question : que se trimballe-t-il derrière ces généreux journaux qui s’offrent à nous gratuitement, ces journaux télévisés copies-conformes, ces magazines dégueulés qui pullulent à tout va ?! Certes, la légèreté de ne pas choisir, la facilité de ne pas payer et la simplicité de jeter sont de bons arguments, seulement… seulement, à creuser un tant soit peu, on s’aperçoit que ce qui est à l’œuvre est une transformation de la pensée, comprenez sa déformation dans la masse sous qualitative. Pour s’en apercevoir, il suffit de répondre « oui » à la question suivante : puis-je agir, sur la qualité du contenu, en étant consommateur d’information ? Encore faut-il se la poser…


Je ne fais pas partie des gens qui se lamentent de l’explosion de la quantité de l’information ni de la gratuité de sa disponibilité. Bien au contraire, je considère que c’est un progrès extraordinaire à l’échelle de l’humanité. Seulement, à une échelle locale, occidentale en particulier, il faut réorienter ce mouvement avant que ces médias-nouveau-visage achèvent de déformer la pensée. Deux canaux pour y arriver : agir sur les diffuseurs et inciter le consommateur de l’information à devenir acteur.
 
Notre cerveau est devenu un estomac

Nous vivons à l'époque de la sur-information: des heures passées devant nos télés, d'autres devant nos ordinateurs, smartphones et futures smartwatchs (tout devient smart sauf les utilisateurs de ces smart-choses), au travail, chez soi, dans les transports en commun, en vacances… Non soucieux de la pertinence du fond, nous ressemblons majoritairement à des mendiants élégants, à de classieux avares, à des boulimiques de l’information gratuite à chaque fois que nous tendons le bras vers un distributeur de journaux gratuits.

La presse gratuite, leader de cette irrévolution de la presse écrite, préfigure ce qui est détestable dans l'information. Pascal Bruckner analyse parfaitement[1] comment la sur-médiatisation de causes diverses et variées a rapetissé le monde sans forcément nous avoir rapprochés de lui. Cette sur information nous a anesthésié à tel point que nous ressemblons à des monstres ayant de gros et de multiples yeux dénués de cerveaux : l’information que nous balayons des yeux (à défaut de la lire) ou que nous regardons (à défaut de la comprendre) subit le même sort que la nourriture que nous avalons (à défaut de la déguster).

Pascal Bruckner analysait le fond. Aujourd'hui, la presse gratuite travaille la forme et agit sur le fond en le déformant. Celle-ci nous harcèle en investissant massivement l'espace public et nous y consentons de notre passivité à chaque fois que nous la consommons.

Des pages mortes qui jonchent les trottoirs

Les pouvoirs publics s’en tirent par la petite porte en se faisant oublier des citoyens trop occupés par ce qui les touche au quotidien (les impôts, le pouvoir d’achat, les vacances...).
Or, de façon synthétique, une solution (intervention) a minima s’impose : trier les bénéficiaires des subventions de façon à défavoriser fortement les média-à-publicité.
Si un tel choix était fait, il faudrait s’attendre à ce que tout un microcosme de bien-penseurs accusera ceux qui voudront donner moins d’argent aux vendeurs de chiffons d'être liberticides à la création d’entreprise  et menacera, c'est dans l'ère du temps, de faire des plans de licenciement.

Seulement, rappelons-nous, ce qui passe sous silence. Cette presse gratuite appartient à des groupes – et quand bien même elle ne l’est pas -  qui engrange, sans en avoir le besoin, des subventions publiques, et ce, pour nous servir de la soupe indigeste, sorte de recyclage à l'usure de l'information qu'ils traitent par ailleurs, avec un impact écologique dévastateur... Il est scandaleux que des journaux soient jetés par terre dans les rues de Paris et autres grandes villes, ou dans le métro, sans que ceux qui les consomment, les diffusent ou les fabriquent n’en soient pas sanctionnés. Du temps où l’on achetait son propre journal, on le prêtait, mais jamais on le jetait par terre après l’avoir lu, même en diagonale, le temps d’un trajet de transport.

Une fiction troublante

Sur ce modèle de libéralisme appliqué à l’information, comment s'étonner que dans quelques années des travailleurs précaires habillés de k-ways colorés nous distribuent gratuitement des romans-à-publicité, essais-à-publicité, pièces-de-théâtre-à-publicité... Supports dont les promoteurs nous diraient qu’ils avaient remis des gens à la lecture ! Et les sols seraient couverts de proses dégradées... L'apocalypse a des airs de foire. L'enfer est pavé de bonnes intentions...


Et le modèle continue de s’étendre…

Au mois de décembre 2012, nous avons atteint 25 chaines sur la TNT : une offre média quasi gratuite en forte croissance. Supports différents, mêmes méthodes pour les mêmes fins. La TNT, "sélection de chaînes" quasi gratuites qui toucheront le maximum de spectateurs: n'y a-t-il pas là un minimum de service public? Si oui, le service public délaisse, et en est coupable, la qualité à la faveur de la quantité. Le service public participe donc à la diffusion d'un modèle néfaste au public auquel il est sensé offrir de la qualité de l’information et du divertissement et non seulement de la quantité.

LCI, à titre d’exemple, milite pour devenir gratuite : accès à une plus large audience de spectateurs avec pour objectif une augmentation du volume et des recettes publicitaires. Oui, nous sommes des robots[2], ou nous sommes utilisés comme tels. Ne faisons pas de procès à LCI. Sa liberté d’entreprendre lui donne le droit de choisir le meilleur canal pour augmenter ses résultats financiers. Seulement, les téléspectateurs ont le droit, et peut-être le devoir, de choisir un contenu de qualité qui arrive dans leurs salons.

En décembre dernier, Mme Fileppeti, ministre de la culture, critique les programmes de France TV... Si l'on estime que rien qui émane de la sphère économique privée n'est gratuit, que ce qui est gratuit se paye d'une façon ou une d'une autre, pour quelles raisons les pouvoirs publics n'imposent-ils pas les mêmes exigences (attentes) à toutes les chaînes TNT, i.e. les chaines du Groupe France Télévision et les autres. C'est à ces chaînes que l'on offre l'accès à tous les spectateurs de la France et non aux spectateurs de la France qu'on donne accès gratuitement à ces chaînes. Dès lors, c'est à ces chaînes de payer pour ce service inestimable. Par ailleurs, le prix pour ce service ne sera jamais suffisant. D'autant plus que l'objectif recherché est moins la "rente" financière pour l'Etat que l'élévation de la qualité des programmes diffusés sur toutes les chaînes en accès TNT - donc quasi gratuit.

En définitive, l'hyper-média n'est pas l'hyper qualité. Il devient même évident de voir que l'inflation de l'offre média se fait au détriment de deux choses: la qualité des contenus et la capacité des consommateurs à trier ces contenus.

L'hémorragie n'est pas prête de s'arrêter. En plus d’être des poubelles à publicités, nos cerveaux sont des décharges à information. Et nous oublions, dès que nous sortons de l’école, que nos méninges ont besoin de formation. Une formation continue, approfondie, analytique, qui cherche la précision. Nous sombrons dans l’opinion. En restituant l’opinion généralisée diluée dans de gigantesques quantités d’informations, nous croyons, en disant notre point de vue, détenir un savoir, élaborer une réflexion, exprimer une pensée. On nous a fait croire qu’agréger de l’information, mouliner du texte, de l’image et du son, puis les ressortir par nos bouches était la même chose que de disposer d’une opinion personnelle digne de ce nom. Or, aucune de opinions générales n’a plus de valeur que le baragouinage d’un nourrisson. Une opinion sérieuse ne peut se faire sans une réflexion sérieuse ; réfléchir est un acte volontaire qui nécessite un choix délibéré des supports qui participent à la fabrication de la pensée. A défaut, la pensée s’aliène sans s’en rendre compte.


La gratuité (ou quasi -) est donc la pilule par laquelle nous nous inscrivons dans une servitude volontaire, dans un abêtissement consenti, dans un renoncement à la qualité (de l'analyse, de l'art, des plaisirs...), dans un modèle économique des médias qui nous dépossède de notre droit à prioriser la quête de la qualité avant la consommation de la quantité.

Si l'accroissement de l'offre gratuite de certains services publics (transports, soins, éducation...) peut facilement se justifier, le revers de la médaille est qu'une vision libérale du capitalisme étend cette gratuité à d'autres services dans le seul but de "vendre", peu importe quoi et qu'importe le prix pourvue que sa rentabilité financière soit croissante. Or, l'aliénation de la pensée n'est pas "valorisable": il nous est impossible de chiffrer la valeur de l'aliénation de la pensée, essentiellement parce qu'on confond "aliénation" et "modification".

Nous jugeons comme normale cette modification que nous percevons à travers le changement du modèle économique des médias mais nous occultons le fait qu'il s'agisse bien d'une dégradation intellectuelle.


« La culture ne s’acquiert pas, elle se conquiert. » André Malraux

Les promoteurs actifs (en excluant les consommateurs) de ce nouveau modèle ne se soucient que marginalement de la qualité du contenu mais seulement de la valeur économique générée à travers ce même contenu. Peut-on leur faire porter l'entière responsabilité? J'en doute.

On ne peut les décharger d'une partie de cette responsabilité parce qu'ils sont "acteurs-offreurs". Mais je doute de leur responsabilité totale parce que je crois que nous sommes tous "acteurs-consommateurs".  

Et à ce titre, ce qui est vrai de la culture selon Malraux est vrai de l’information. Ou encore, les médias doivent être positionnés au même niveau que Michel Onfray positionne l'Art[3]: à mi-chemin entre l'artiste et le spectateur. L'un comme l'autre sont acteurs et doivent faire un chemin volontaire vers l'autre.

Concrètement, l'acteur-consommateur a la responsabilité d'exiger des médias de qualité. Il exerce cette responsabilité par des actions volontaires ayant pour but d’accéder à plus de qualité dans les contenus qu’il consomme.

Une démarche volontaire simple et à la portée de tous serait de lire plus de livres (en diminuant le nombre de presse-magazines jetables que l’on feuillette) ; choisir la presse que l’on lit ; refuser de participer à la boulimique distribution-lecture des journaux gratuits. Acheter un ou deux journaux ou magazines, le prix et la fréquence importent peu dans la mesure où notre action de "lecture" va au delà du "temps à passer pendant le trajet pour aller au boulot", ce "temps de l'ennui" qui nous pousse à la facilité-gratuité.

Si l’on consent à s’engager dans cette action volontaire de consommateur-acteur des supports écrits, il devient concevable d'appliquer cette même recette à la télévision, ou à internet. A propos, combien de parents se plaignent du fait que leurs gosses passent beaucoup de temps sur internet, sur leurs smart-choses ?! Si les gosses en étaient conscients il se plaindraient du temps que passent leurs parents ou leurs ainés devant des journaux et des magazines qui appauvrissent leur opinions.

Nous le voyons bien, ce ne sont pas les actions qui manquent pour concilier une exigence envers l'offre média et ne plus être spectateur impuissant. Seulement, pour ce faire, il faut un acte de foi, une foi puissante: celle de croire que l'homme, pour s'élever, se doit d'être exigent envers lui-même et vers les autres.

L’acte de foi dont il s’agit ici est irréligieux: il n'est fidèle à aucune paroisse - aucun média -, à aucune idéologie, il se veut raisonnable. Une foi raisonnable pour contrer une croisade libérale contre la pensée.

Nous nous sommes intéressés aux diffuseurs de l’information avec la conclusion que le salut de l’homme-consommateur de l’information ne pouvait venir que de lui, lorsqu’il deviendra acteur et choisira l’information qu’il consommera avec une exigence élevée de la qualité. Nous avons aussi mis en évidence le rôle que doit se réapproprier l’Etat dans cette perspective. Nous ajoutons dans cette conclusion un volet que nous n’avons pas traité à travers une interrogation : qui sont les producteurs de l’information ? Ce que nous voulons dégager est que l’homme-consommateur doit, aussi, comme moyen d’exiger de la qualité, s’intéresser à ceux qui fabriquent l’information, leurs profils, leurs parcours, leurs combats, leurs œuvres… Les auteurs ne se valent pas. Dans la fabrication de nos opinions, nous ferons mieux de lire et d’écouter ceux qui ont des choses réfléchies à dire ou à écrire plutôt que d’écouter ou de lire des robots-pigistes diplômés, hélas, à la pelle, eux aussi, nouvel hélas, victimes d’un système qu’ils nourrissent de leurs opinions. 


[1] La tentation de l’innocence, Pascal Bruckner, Editions Lgf, 1996.
[2] Référence (détournée de sa signification originelle) au titre de Serge Halimi « Nous ne sommes pas des robots », Monde Diplomatique, Octobre 2013.
[3] Abrégé hédoniste, Michel Onfray, Editions Librio, 2012.

23 octobre 2013

Politique :: Droit du sol et glissements politiques

L'affaire Leonarda provoque une réforme du droit d'Asile, tant mieux si cela permet d'accélérer la réponse apportée à ses demandeurs. Elle provoque aussi, hélas, une remise en cause du droit du sol: un enfant né et qui a grandi en France, qu'importe l'origine, les activités ou la façon dont ses parents sont arrivés en France n'a pas à subir cela. Occulter, maladroitement ou politiquement, cela, ne serait-ce qu'en suggestion, revient à remettre en cause le droit du sol. 

Ces enfants (bien qu'un âge seuil puisse être défini) doivent être protégés comme tout citoyen français. Et bien plus loin que ça, un enfant qui a grandi en France, bien qu'il n'y soit pas né, doit être protégé comme tout citoyen français. Une des grandeurs de la France réside dans le fait que "au fond, tout étranger est un français en puissance" (Frédéric Fernay - Eloge de la France immobile). Reste que cette affirmation perd tout son sens dans la politique moderne où il faut répondre vite, instantanément et en se basant sur l'opinion, souvent craintive, du peuple, dans une perspective électoraliste. Il s'agit d'une altération négative (innovation de l'ancien président de la République) qui s'est instaurée comme innovation dont personne ne peut se passer… à droite (sans surprise), au centre et, plus grave, à gauche.


Et si ces affairettes (telles celles de Leonarda) ne sont qu'un tiraillement de l'Homme qui ne sais pas définir ses valeurs immuables? Tiraillement entre ces valeurs et la réalité qu'il vit… qui enlève toute immuabilité à ces valeurs? 

La politique ressemble-t-elle pas à Shakespeare selon Cioran (Skakespeare: rendez-vous d'une hache et d'une rose)Nous dirions alors: Admettre ou ne pas admettre, telle est la question.


Admettre

Admettre que l'Homme est une girouette égoïste qui se fabrique ses pensées en fonction de son milieu socio-culturel, de la situation économique de son usine, sa région ou son pays. 

Admettre qu'il n'y pas de valeurs immuables, ne serait-ce qu'à l'échelle de la vie d'une seule personne mature.

Admettre, à défaut qu'eux mêmes ne puissent l'admettre, que nos politiques sont aussi dépourvus que chacun de nous devant les immenses problématiques qui font fondre tout homme en trois: son esprit, son coeur et le réalisme qui le pousse à trouver vite et maintenant des solutions.
Quitte à ce que son esprit ne soit pas cohérent avec son coeur, quitte à ce que ses solutions ne soient pas cohérentes avec son esprit, quitte à ce que son coeur ne soit pas en cohérence avec ses solutions. (Mon coeur est aussi à gauche disait l'ancien président.)

Admettre que nous n'avons qu'une rationalité limitée et biaisée. 
Admettre qu'il n'y a pas de philosophie devant les problèmes quotidiens des gens.

Une fois ces choses admises, les politiciens dérivent bien plus abjectement que leurs électeurs:

Certains disent: 

Comment accepter que les naufragées d'Afrique et d'Europe de l'Est nous pondent leurs rejetons sur nos beaux territoires?
Comment accepter qu'on nourrisse tous ces futurs délinquants? 
Comment accepter que nos services d'urgences soient submergées par ces mal-portants-nés?
Comment accepter que nous nous mélangions à ces basanés et perdions de nos beaux teints blonds et nos corps imberbes.
Comment, comment, comment ?!!

Ils posent toutes ces questions et nous suggèrent leurs réponses. La rhinocérite les guette…

Nous disons: Non! Allez au bout de votre logique: c'est cela le courage messieurs.
C'est cela le courage: ne pas mâcher ses mots, ne parler ni en suggestions ni en provocation. 
Décomplexés, dites-vous? Ne le soyez pas à moitié: ne soyez pas dans la demi-mesure, n'avancez pas pan à pan, vos démons vous devancent à grands pas. 

Qu'attendez vous pour arracher vos masques tombants? Que ceux qui veulent aller à droite y aillent définitivement. Que ceux qui veulent aller à l'extrême droite y aillent rapidement. Que ceux qui veulent une révolution continuent de piailler à l'extrême gauche. Que ceux qui se cherchent une miraculeuse destinée restent au centre.
Bavards, politicards, bon débarras.

Tous autant que vous êtes, vous abusez de la confiance du peuple, ces clients auxquels vos serrez les mains dans les marchés un dimanche matin, ces vrais gens. Ces vrais gens, vos costumes les impressionnent, votre popularité les séduit, votre démagogie les entraine, vos "éléments de langage" les captivent, vos tactiques politiques les manipulent. Pire, vos idées les aliènent. Vous, traditionnels ENArques et contemporains HECiens.

Oui, vous abusez de la confiance du peuple:
  • Vous, UMP, abusez des électeurs du Front National parce que vous magouillez vos discours pour re-duper ceux qui vous ressemblent et qui "ont, enfin, choisi et préféré l'original à la copie".
  • Vous, PS, abusez des électeurs qui vous ont amené au pouvoir parce que, terrifiés que vous êtes par le Front National et, hélas, dépassés par l'impatience légitime des gens que vous avez étranglés depuis Bruxelles, vous délaissez le coeur de ce qui vous définit, les valeurs de gauche, sous prétexte de pragmatisme.
  • Vous, centre indécis, centre inconsistant, centre désuni, centre bâtard, vous parce que vous faites croire qu'il y a des valeurs centristes: un jour vous êtes à droite, un autre à gauche, un jour hollandistes, un autre sarkozistes, un troisième gaulliste, un quatrième humaniste. Vous n'avez pas réussi à incarner le Tiers Parti à l'image de la merveilleuse idée (échouée) du Tiers Monde car, indéniablement, vous n'avez pas d'identité.
  • Vous, écologistes: vous n'existez pas, et quand il vous arrive d'exister, votre action pèse tel un fardeau de bobo péniblement transporté par les moins aisés. Vous volez trop haut. En voulant sauver l'humanité vous ne cessez d'asphyxier l'homme.
  • Vous, extrême gauche, vous avez échoué même auprès des vôtres: les pauvres, les déshérités, les précaires: vous avez échoué sur vos promesses, sur vos discours, sur vos actions: l'internationalisme que vous avez élevé au rang de religion vous poignarde dans le dos. 


Vous, UMP, vous PS, vous Centre, vous Ecologistes, vous Extrême gauche: vous avez élevé et embelli le Front National. Front National qui se gauchise par-ci, se gaullise par-là, se dédiabolise par-ci et se puritanise par-là…


Ne pas admettre

Non, non et non! 
Le Président Hollande n'est pas entrain de devenir fou. 
Non, ce n'est pas un béni oui-oui qui fait passer l'apaisement pour réponse à tout. 

Non, non et non! 
L'UMP n'est pas entrain de s'FNiser.
Non, l'UMP n'est pas médiocre et archaïque.

Non, non et non!
Le mal n'est que passager.
Tout ça n'est que l'effet de la crise.
Cette laideur de l'Homme n'est que conjoncture politique.


Nietzsche: "Tour choix est un renoncement." Et trois questions ouvertes:

Pour Sarkozy, les élections de 2012 ne se sont pas gagnées sur des valeurs d'extrême droite, pourquoi voudriez-vous ou croyez-vous que les municipales se gagnent à droite?!
Est-ce par peur de Valls ou par la reconnaissance de l'inexorable progression du Front National sur les terres de gauche?!

Monsieur le Président, dès l'instant où vous aviez été élu: tout renoncement (à votre ferveur de gauche) est un mauvais choix. Ne saviez-vous pas que les gens finissent par préférer l'original à la copie?

19 mai 2013

Société :: Lettre d'une étudiante à Hollande : l'État n'est pas responsable de votre résignation

Article sélectionné par Le Plus NouvelObs (Plus de 4160 vues)
Mademoiselle, à 20 ans, avez vous cru un instant, sans avoir une ambition hors du commun, que vous pourriez faire quoique ce soit, où que ce soit, avec vos diplômes en histoire ? Vous le dites si bien : "des diplômes inutiles". Et vous mélanger si mal…avec la fiscalité, la dette, une étude de Patrick Artus concluant sur la stabilité du pouvoir d’achat des jeunes dans les années à venir.

21 février 2013

Politique :: Intervention française au Mali : Une guerre de Gauche

"L’intervention durera le temps nécessaire". En une phrase, trois mots de Jean-Marc Ayrault, François Hollande a démontré la continuité - et non le changement - de la politique étrangère de la France. Le Président a poli son vocabulaire pour faire passer cette guerre pour une "guerre de gauche" alors qu’elle est sans couleur politique.





"Intervention"
Le mot "intervention" cache sa véritable nature : "interventionnisme". Celle-là est ponctuelle, celui-ci est ancré dans l’identité de la France. Avec toutefois un changement d'ère.

La multiplication des interventions et de la présence des troupes française dans le monde depuis la fin de la deuxième guerre mondiale démontre bien que nous sommes passés d’une époque coloniale à une époque interventionniste. Les deux sont conduites par et pour des états.

L'interventionnisme doit cesser dans sa forme actuelle autant que le colonialisme a cessé par les guerres d’indépendance. Ceux qui lient "ces deux faces d'une même pièce" le font au moyen du terme "néo-colonialisme", sans aucun doute parce que l’interventionnisme protège nos intérêts nationaux par le biais de "régimes amis" (mais quelle amitié !) que nous défendons… Jusqu’au point où ils se mettent à vaciller et là, nous les piétinions.


"Durera"
Derrière le temps que durera l’intervention, j’observe deux phénomènes.

- L’inacceptable prolongement "sans durée" de l’intervention de la France au Mali. Cela revient à dire qu’il est concevable, et même probable, que les forces militaires françaises soient présentes au Mali pendant des mois voire des années. Ne devrions-nous pas demander au Président Hollande de s’engager à ce que toutes les troupes françaises soient retirées du Mali au plus tard fin 2013 ?

- La durabilité de la France-Afrique. Gauche ou Droite, la France n’arrête pas d’infantiliser l’Afrique et - de prétendre - venir à son secours.


"Nécessaire"
Monsieur Hollande, vous dites : "le temps nécessaire pour assurer la sécurité du Mali". Pardonnez-moi d’être dubitatif.
 - Cette intervention est moins nécessaire pour vous que pour les pays frontaliers du Mali qui prennent et voient un risque immédiat vis-à-vis de ces terroristes. Pourtant ils ne sont pas intervenus avec la même urgence que la France.
- Par ailleurs, pour quelles raisons le Président du Mali a-t-il fait appel directement à la France pour cette intervention?
 - Le summum de mes doutes réside dans votre argument "la France ne vise aucun intérêt particulier". Je pense que cette intervention ne vise que des intérêts particuliers : ceux de la France (quoi de plus banal en somme), et ceux de la gauche au pouvoir : une guerre qui durera des mois ou des années n’est-elle pas la meilleure façon de détourner une partie de l'attention des citoyens qui vous ont élu sur leurs vrais problèmes : le chômage et la croissance.

Vous savez pertinemment que l’un ne baissera pas et l’autre n’augmentera pas à la hauteur de vos promesses… Le brouhaha médiatique de la guerre couvre la tragique désillusion de ceux qui vous ont élu avec un naïf espoir. Méthodes de droite que vous aviez tant critiquées.

Monsieur le Président, vous avez terminé une guerre (l’Afghanistan) pour être élu. Une fois élu, vous en avez engagé une nouvelle. Où est votre cohérence idéologique s'il ne s'agit pas d'intérêts proprement nationaux?

L'Onu : une évolution vers un modèle en étoile

L’ONU grossit en états, en résolutions et… en partialité et inefficacité. Constat accablant qui atténue gravement la foi des peuples en la justice dans le monde. Dit autrement, l'ONU actuel défavorise la foi en la paix.
 Il serait utile de travailler sur une évolution de sa structure organisationnelle. Dans ce sens, ne pouvons-nous pas lui fixer un cadre international plus décentralisé, lui offrir un horizon temporel plus clair et plus ambitieux (2020 par exemple) ? Voici une série de propositions simples dans leur principe :

- Les conflits doivent se régler sous l’autorité d’organisations régionales : Africaines, Moyen-Orientales, Asiatiques, Américaines pour les ensembles régionaux correspondants. Il s’agirait là, d’une véritable décentralisation de l’ONU en y mettant les moyens juridiques et militaires nécessaires.

- Les interventions unilatérales d’états, y compris sous pseudo-mandat de l’ONU ne doivent plus être possibles.

- L’ONU n’interviendrait que dans les cas extrêmes où l’organisation régionale échouerait dans sa mission. L’échec en question doit être relativisé compte-tenu de ceux qu’enregistre l’ONU depuis deux décennies.

En résumé, Monsieur le président, une guerre de gauche, sous mandat de l’ONU ou pas, n’est pas plus juste, ni plus justifiée, qu’une guerre de droite. Le discours et la méthode ne suffisent pas.

Et, loin de toutes les idées qui remuent les démons des colonisations et des conflits dits "de civilisations", faites-nous l’honneur de concentrer une partie de vos efforts sur une réforme de l’ONU.

A moins que la France, si puissante par son armée - vis-à-vis des faibles -  soit elle aussi, faible par sa diplomatie…

Enfin, ne vous sentez-vous pas personnellement responsable des morts lors la prise d'otage qui a eu lieu en Algérie, et plus encore du terrorisme que vous revivifiez dans ce pays qui a mis plus d'une décennie macabre à s'en débarrasser ? L'opinion française augmente en faveur de cette guerre et de la votre, comment vous senteriez-vous responsable!