Pour parler d'une grâce, d'une beauté, d'un péché, d'un rêve, d'un fantôme qui ne cesse de les hanter.
Assise au Bistro Français, Charlotte enflamme et réclame l'attention. A Valencia, autour d'elle, ce soir est le soir des espagnols. Elle veut se faire un espagnol, le faire et le défaire. Rien ne lui résiste. La voici qui rigole à tue tête, la voici qui embrasse la joue du serveur qu'elle connait à peine, la voici qui chante une chanson le bras autour de Paulo. Ses copines jouent le jeux, complices, elles aussi joueuses, pour elles aussi, c'est la soirée des espagnols.
Alexandre et Romain, français d'infortune ce soir, observent, bave aux lèvres, les yeux gros comme des pruneaux. Ils jouent le jeux aussi, ils sont là pour s'amuser, eux aussi. Et qu'on serve le vin, les bouteilles se suivent et ne se ressemble pas, les dernières toujours porteuses de plus de chaleurs.
Charlotte se remaquille et demande à Ernesto, remuant ses lèvres rouges, si le rouge à lèvre ne débordait pas. Et dans le vacarme de la terrasse et des rires des copines et malheureux observateurs, elle lui glisse un mot à l'oreille: "ce soir, on rentre ensemble?". Ce qui semble être une question n'en est qu'un ordre. Ernesto feint le sang-froid, l'intérêt et la distance, le sourire et le temps mort. Mais qui peut résister à Charlotte. Ses copine, aux mêmes instants, se chargent de s'agripper chacune à un joker que Charlotte a bien voulu épargner à ses désirs... pour ce soir.
Et le groupe se lève: "Allons au Sosta." Les femmes proposent et les femmes disposent. Alexandre et Romain suivent et se mêlent au rires et discussions sans adhésion. L'espoir fait vivre. Alexandre la veut, Romain la désir, l'un pour la nuit, l'autre pour la vie.
A l'intérieur du Sosta club, la musique active le poison du vin, et quelques verres, payés par les élus espagnols rajoutent de l'huile au feu.
Charlotte, Hélène et Caroline sentent la chaleur monter. L'une comme les autres jettent par table leurs pulls et jaquettes... le dancefloor, déjà impénétrable de monde, vibre et Charlotte y entraine son heureuse victime. Alexandre et Romain, le moral aux adieux, feignent être dans le coup. Ils la désirent, mais pas elle, loi de la nature. Ce soir, son Amigo Especial est Ernesto... Demain ce sera probablement Paulo, le lendemain Federico, le temps des italiens arrivera, celui des argentins probablement dans une semaine ou un mois... et peut-être celui des français un jour, sans doute par nostalgie. A ce moment là, Alexandre et Romain la désireront toujours, mais elle ne les choisira pas, elle continuera juste à les toucher, leur sourire, leur faire un bisou, les laisser l'attraper par la taille, les laissera espérer...espérer...et encore espérer... parce que ça sera le temps des français peut être, mais eux seront devenus des amis, avec, si la chance leur a souri, une nuit ou deux d'amour qu'elle aura décidé.
La musique chauffe, Charlotte a déjà embrassé Ernesto depuis bien longtemps. A les voir on dirait des amants éternels... C'est ainsi, ainsi va le monde selon Charlotte. C'est quand elle veut, celui qu'elle veut, où et comment elle le veut. Diable de Charlotte.
Alexandre et Romain, ivres et malades d'espoir auront passé un bonne-salle soirée, pleine d'espoir et de désir...
Et ça continuera.
Charlotte, Hélène et Caroline ne sont pas en France, et ailleurs qu'en France, ce n'est pas la même loi… C'est leur loi: loi du temps qui passe, temps qu'il faudra croquer à pleine dents... elles n'ont que 24 ans...
24 minutes d'écriture pour quelques heures de folies éphémères et de souvenirs éternels.